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Suite à la création d'un recueil des actes d'Etat civil avec le cercle d'histoire et de généalogie du Périgord, - 9 rue Roletrou 24000 Périgueux- une présentation historique de notre commune nous a été présentée par Geneviève RAVON le 17 février 2001. En voici le contenu :
Vous ferez la conférence sur Fanlac, m'a dit monsieur Jardon. Que sais-je de ce si joli village? C'est le pays de Jacquou! Ici l'histoire s'est mêlée à la légende. Certes Jacquou le Croquant n'a jamais vécu ici, mais ses tourments ont bien été réellement endurés pendant des siècles par les petites gens de la région. Le village est bien calme avec son manoir du Chevalier de Galibert du XIV° et XV° siècle, le presbytère tel qu'il put être évoqué dans le roman, l'église au clocher mur et le puits au centre du village dont le moyeu grince comme s'il fonctionnait encore.
Mais les jolis villages ne laissent pas forcément beaucoup de traces; les archives sont pauvres sur Fanlac. Ce qui j'ai retrouvé montre une grande misère des habitants, aggravée par la proximité de la forêt qui ne permettait pas d'échapper aux impôts toujours trop lourds comme le prouve le rôle des tailles de 1715. Ce document ainsi que des pièces de 1726 ont été découverts au presbytère et étudiés par Marcel Secondat en 1943. Mais avant de présenter ce que j'y ai appris, quelle est l'origine de Fanlac?
L'habitat y a été ancien puisqu'on a retrouvé des haches de l'âge de bronze mais nous ne remonterons pas si loin. La paroisse apparaît au XIII° siècle sous le nom de Fallacum. L'abbé Brugère, en 1881, nous précise qu'elle est située entre 199 et 267 mètres l'altitude, que son sol est constitué de terrains du crétacé supérieur et de mollasse, que cette commune est située sur une colline et qu'elle est arrosée par le ruisseau de Fon-Peyre dont les eaux sont d'une grande utilité pour les terrains qu'elles parcourent mais qu'elles ne coulent que pendant l'hiver. le sol est en général de qualité médiocre et les produits principaux de l'agriculture au XIX° siècle sont le froment (autrefois le vin, mais la crise du phylloxéra est passée par là), le blé d'Espagne, les noix, les châtaignes et qu'on y élève des bestiaux.
En cette même année 1881; il y a dans la paroisse 639 communiants. Le curé de l'époque, LAVERDANS, déclare qu'il est en plus prévôt de Saint Thomas d'Excideuil dont il jouit de la rente. L'église a pour patron Saint Jean-Baptiste d'après un acte d'insinuation de 1692, en 1710, on parle de Saint Jean pour le cimetière, l'église et le presbytère.
Fanlac appartenait à la maison d'ALBRET, elle passe à Jean Chat, seigneur de Rastignac en 1551 comme en témoigne une quittance de 500 livres donnée par Jean de Puyguyon, gouverneur du Périgord, pour "final payement du prix d'achat de la paroisse". Cet acte est comme de nombreux actes de la maison d'Albret à Pau.
En 1625, le sieur de la BERMONDIE, chevalier, avait créé dans le bourg un couvent des surs de Saint Benoît, sous le titre de Notre Dame des Vertus et on nous dit que le pays en reçut beaucoup d'édification.
On veillait beaucoup au salut des âmes des habitants, puisque par un testament du 9 mai 1675; Jean de la Bermondie, archidiacre et chanoine de la cathédrale de Périgueux, lègue à cette ville de domaine de Saint Augûtre à Coulounieix à la charge pour les révérends pères jésuites de donner une mission tous les deux ans dans les paroisses de Thonac, Granges, Montignac et Fanlac.
Pour ce qui est des morts, trois lieux servaient à leur accueil : l'église pourles plus riches, peu nombreux ici. S'y font enterrer quelques bourgeois comme Pierre Teillet ou Pierre Dubois, un écuyer comme Jean de Bridat époux de Marie Durant et même un maître fondeur de choches : Pierre RAGNAUD habitant du bourg du Temple le 21 juillet 1755. La majorité des habitants va dans le cimetière de l'église. On trouve de très nombreux enfants en bas âge, sans doute victimes de la malnutrition; pour eux le curé note : "j'ai enseveli le pauvre petit corps de ", on apprend ainsi que le 2 mars 1753, il enterre la fille unique de feu Eymard Bertrand et d'Antoinette Faure. C'est aussi dans ce cimetière que sera enterré le 31 mars 1750 le corps de Jeanne Vinaigre, âgée d'environ 80 ans décédée après avoir fait ses pâques. A cette époque où il faut avoir reçu les derniers sacrements pour avoir droit à une part de cette terre sainte, le curé note les morts subites, comme celles de Marie Granger ou de François Channat. Les morts les plus défavorisés allaient dans le cimetière des pauvres comme le pauvre petit corps de Jeanne Silvestre le 25 février 1752.
Vos curés étaient avares de renseignements, sans doute parce qu'ils connaissaient bien leurs paroissiens et qu'ils jugeaient donc unutile de donneer les métiers. Cette indication figure cependant dans certains actes de mariage du début du XVIII° siècle, surtout pour les étrangers à la paroisse. Pour les habitants de Fanlac, c'est beaucoup plus imprécis : j'ai trouvé cependant de nombreux travailleurs ou travailleurs de terre, ce qui correspond sans doute en d'autres leiux à brassier ou manouvrier c'est à dire ouvrier agricole : Jean Delbar Jean Jauffre, François Demouise; il y a quelques laboureurs : Arnaud Gyrou, Jean Gouriat, un tisserand : Pierre Frechengeas, un domestique des demoiselles de LESPECEIRES : François Sauvêtre, un "granger" : Jean ZAUZER, quelques propriétaires comme Jean de LESTABLE sieur du Claud. Vous remarquerez que les prénoms sont souvent les mêmes, ce qui amène à user de surnoms : PIAROU, remplace JEAN GYROU, PIERRE MICHEL est dit AUBLANT et CHARLES DUGAIT devient MALESARDE.
Comment fonctionnait l'administration de l'ancien régime?
HISTOIRE ADMINISTRATIVE.
A partir de la fin du Moyen âge, l'accroissement progressif du pouvoir royal au détriment du système féodal aboutit à la mise en place d'une administration qui répondait aux besoins financiers de l'Etat. Elle s'est taillée une part essentielle dans l'organisation du pays.
La paroisse était la petite et la plus importante circonscription administrative de l'ancien régime. Le terme d'origine religieuse a acquis progressivement un contenu plus vaste car la paroisse est devenue l'unité de base du système fiscal.
Pour nous, il s'agit de Fanlac.
Le principal impôt, la taille, était réparti entre les généralités, pour nous Bordeaux, puis entre les élections, celle de Sarlat, et enfin entre les paroisses. A ce niveau, l'assemblée des habitants, réunie sur convocation du curé, désignait le ou les collecteurs chargés de répartir l'impôt entre chaque foyer ou feu et de procéder également à son recouvrement.
Créées à la fin du XIV° siècle, les élections étaient les plus anciennes des circonscriptions fiscales. Le Périgordétait divisé en deux que paraient, d'ouest en est, la vallée de la Dordogne puis, au-delà de Limeuil, la vallée de la Vézère. L'élection de Sarlat fut créée à partir de 1636.
Au XVII° siècle, la responsabilité passe aux mains des Intendants qui sont aidés par des hommes de confiance : les subdélégués. Cette subdélégation est en ce qui vous concerne également celle de Sarlat.
Pour les affaires judiciaires, les prévôtés et châtellenies étaient les plus petities circonscriptions royales. Les causes en étaient jugées en appel par la Sénéchaussée ainsi que pour la première instance des causes civiles et criminelles. Son siège, pour Fanlac est à Sarlat. A partir du XVI° siècle, la fonction de sénéchal perd de son éclat et ses fonctions furent déléguées à des officiers comme les lieutenants généraux. Si vous lisez les registres paroissiaux, vous rencontrerez assez souvent ce métier de lieutenant de juridiction.
Pour l'organisation militaire, les gouverneurs jusqu'au XVII° siècles, exercent toutes les prérogatives royales. Le Périgord relevait du gouvernement de Guyenne.
La maréchaussée a une compagnie dans chaque généralité chargée du maintien de l'ordre et de la sécurité sur les routes.
La milice royale est devenue permanente à partir de 1726. Chaque paroisse rurale, comme la vôtre, devait fournir quatre hommes : tirés au sort, non mariés, âgés de 18 à 40 ans et ayant une taille d'au moins cinq pieds. (1,50m)
Bien évidemment regroupée autour de son église et conduite par un curé, la paroisse constituait l'élément de base de la communauté chrétienne. Au moment de sa création, la paroisse était placée sous la protection d'un saint ou de la vierge, ce qui est le cas pour Fanlac avec l'église Notre-Dame ou Sainte Marie. Le curé jouait un rôle très important dans la vie de nos ancêtres. L'évêché de Sarlat dont vous faisiez partie, comme celui de Périgueux, relevait de la province ecclésiastique de Bordeaux. Chaque évêché était divisé en archiprêtrés : vous dépendiez de celle d'Audrix qui regroupait 10 paroisses.
Ce n'est qu'en novembre 1789 qu'il fut décidé de partager le pays en unité d'une superficie moyenne de 320 lieues carrées en utilisant le cadre des anciennes provinces.
Par décret du 26 janvier 1790, après entente avec les députés des régions voisines, le département du Périgord fut créé, devenant, un mois plus tard, le département de la Dordogne. La Dordogne fut divisée en 9 districts, vous apparteniez alors à celui de Montignac, l'ensemble rassemblant 698 communautés paroissiales regroupées en 72 cantons, le vôtre étant celui de Montignac, et d'autant de justices de paix.
Rapidement cette situation évolua : les communes trop petites sont rattachées aux communes voisines. La constitution de l'an 3 supprime les districts et fait de canton l'unité de base du département. A partir de la constitution de l'an 8 un préfet est nommé par le gouvernement. Il est responsable de l'ordre public et s'appuie sur les sous-préfets. Le nombre des cantons est réduit pour le département à 47 et vous appartenez à partir de 1801 à l'arrondissement de Sarlat et au canton de Montignac.
La démographie de l'ancien régime nous est mal connue : mais, grâce aux relevés pour la taille, on sait que la paroisse de Fanlac avait 134 feux en 1692 (chacun devant contenir environ 4 ou 5 personnes) de 1709 à 1720 la population reste stable à 126 feux soit environ 630 personnes. La paroisse connaît une forte baisse en 1744 avec 97 feux correspondant peut-être à une épidémie et une remontée en 1776 avec 109 feux. Le premier recensement en 1790 donne une population de 510 habitants. Les chiffres fluctuent entre un maximum de 654 en 1856 et un minimum de 392 en 1896 pour le XIX° siècle. A partir de la fin du XIX° siècle, la population ne cesse de décroître jusqu'en 1975 où l'on atteint un plancher de 144 habitants, avant d'augmenter légèrement à 158 habitants en 1990 pour retrouver un chiffre de 146 habitants du dernier recensement.
Sources : Paroisses et communes de France : La Dordogne
CNRS éditions.
Pour essayer de mieux cerner l'évolution de la population, j'ai choisi deux recensements : celui de 1851 et celui de 1842. J'ai également choisi deux lieux : le village de la CAUDONIE et le château du SABLOU.
Au départ le village est composé de quatre maisons qui abritent 21 habitants. La première maison abrite deux ménages, celui de Jean CHOPGUI, sa femme Zulénie RUAUD, ils sont propriétaires cultivateurs, ont deux filles sans doute en bas âge puisqu'elles sont signalées comme vivant du travail de leurs parents : Elodia et Emma. Une servante, Marie Gaillard partage leur demeure. Une autre partie de la maison est le domaine de François PEYROU, cardeur et de ses deux filles Françoise et Françoise.
La seconde maison est celle de François GIRONDE, propriétaire cultivateur qui y vit avec son épouse Anne BLANC et leurs cinq enfants : 2 filles Isabeau et Louise; 3 fils Baptiste, Pierre et le dernier Julien qui travaille avec ses parents.
La troisième demeure est celle du propriétaire cultivateur Joseph BOISSIERAS, de sa femme Léonarde MAGNE et de leur fils Annet qui partage leur travail.
La dernière maison est celle d'un bordier (pauvre métayer) Pierre FARNIER, de son épouse Marie MATHIEU et de leur fille Henriette. La crise agricole a du sévèrement se faire sentir puisqu'en 1872, il n'y a plus que deux maisons, les propriétaires ont disparu, on ne trouve plus que 7 habitants. La première maison est celle qu'occupe un métayer Pierre CAYRAL avec son épouse Suzanne MATHON, leurs filles Marie et Catherine et une bergère Marie VEGRE. Ce sont des "étrangers" puisqu'ils sont originaires de THONAC et de BARS. L'autre maison est occupée par Suzanne SAUTET, cultivatrice, originaire de VILLAC et un domestique originaire de PERIGUEUX : Simon ARAS.
Le château du Sablou connaît lui une évolution différente : en 1852, il abrite 11 personnes : la propriétaire. Aglaé de la LUZERNE, son fils Edmond de FLOIRAC et sa femme Marthe de La Sablière. Tous les autres sont employés : Jean FONFROY comme homme d'affaire, Mariette ROUX comme cuisinière, François CHAZELARD comme servant, Marie PAROUTIE et Elisabeth SABATIER sont femmes de chambre; François NURY et Pierre DUSSUTOUR sont valets de chambre, Guillaume ARNAL est jardinier et Pierre RUGUET domestique.
En 1872, le château a 13 habitants qui ont certes un peu changé : les propriétaires sont maintenant Edmond de FLOIRAC et son épouse, mais le train de vie demeure important : un valet de chambre Charles RICADIER (Périgueux), un cocher Denis GADAU et son épouse, Pauline (Périgueux), Françoise SEYCLARD est cuisinière (Thenon) tout comme Marguerite ROQUE de Montignac, Jean ROUEL le jardinier est de St Léon, Léonard VONIS, garde-champ et de Rouffignac et François CHABROL, le bouvier vient de Montignac.
Le régisseur et sa femme habitent à côté, il s'agit alors de Jean MARQUAY et de sa femme Marguerite MICHEL.
On peut remarquer que le château ne fait absolument pas travailler le village.
LES VIEILLES DEMEURES DE FANLAC
FANLAC conserves de vieilles demeures : La COUDONIE qui était aux VEYREYX; le SABLOU, placé en vigie, qui fut aux FLOIRAC puis aux LOSTANGES avant de devenir le siège d'une colonie de vacances. Dans le vallon, le château d'AUBEROCHE est constitué par trois ailes du XVI° siècle en équerre, séparées par une terrasse et appuyées sur des tours circulaires à mâchicoulis. Deux belles portes classiques disent encore ce qu'était la demeure au Grand Siècle, au temps où elle était aux la BERMONDIE. Ils y exposaient une véritable collection de tapisseries de BERGAME et des FLANDRES, figurant des thèmes de l'histoire romaine et de la mythologie. Au XVIII° siècle, le fief était aux DURAND DU BASTID (une jeune châtelaine, Jeanne, fut élevée à SAINT CYR de 1764 à 1774).
Dans le bourg de FANLAC, une gentilhommière mi-ruinée conserve des morceaux des XIV° et XV° siècles. On aime à la peupler des personnages de JACQUOU LE CROQUANT : le chevalier de GALIBERT, la bonne mademoiselle HERMINE. A moins qu'on ne préfère y localiser un fabuleux personnage : Jean de JALAGE qui, enfermé dans l'église, supporta le choc des Anglais; une hache d'arme lui sectionna le bras, en souvenir de quoi on sculpta son effigie sur la façade nord de l'église.
Au sud d'AUBEROCHE, sur le coteau, la tour carrée de BREUIL, bâtie en appareil régulier, date du XIII° siècle; elle n'est pas sans analogie avec la tour penchée de la VERMONDIE, sa voisine. Au levant sur le coteau, TASTEDIé est une gentilhommière du XVII° siècle avec des logis irréguliers et une tourelle servant de pigeonnier.
Un intéressant document nous est fourni par le relevé des tailles de 1715 : on y apprend la richesse des habitants et qui a des revenus suffisants. Le rôle est constitué de deux feuilles doubles de papier marqué au timbre d'un sol quatre deniers de la généralité de Bordeaux.
Sur la première feuille, quatorze contribuables doivent acquitter 175 livres et 14 sols, cela correspond aux habitants du bourg; le deuxième feuillet ajoute quinze personnes pour le bourg, les hameaux de la BLAUGIE, la ROLFIE et la QUAYZIE pour une somme de 117 livres 2 sols. La troisième feuille nous donne onze taillables pour les hameaux de GABUBE, PUYDURNAT, le BELLIER, la BROUSSE, la PARELIE et le VERDIER pour un montant de 130 livres 7 sols; la quatrième feuille fournit quatorze personnes à la NEGOURDOUSSIE, VALMASSINGEAS et le SABLOU qui devront 200 livres 15 sols. La cinquième feuille traite de 15 habitants de CHAZAL, LIBERSAC et LORSINIE soumis à 133 livres de taille et le sixième feuillet présente onze contribuables de CLAUZET et LORSINIE qui devront s'acquitter de 143 livres et 3 sols.
Ce qui nous donne 80 taillables pour un total de 1115 livres 1 sol et 8 deniers auxquels il conviendra d'ajouter les frais soit 25 livres 4 sols pour la collecte, 3 livres 2 sols pour la vérification, 6 livres 12 sols pour les sceaux, frais multiples auxquels il faudra encore ajouter le paiement du syndic principal pour un montant de 11 livres 6 sols et 8 deniers tandis que le greffier recevra 12 livres tout comme l'inspecteur.
La somme a été prélevée sur commission de monseigneur l'intendant du 3 novembre 1714 par Pierre BURG et Jean DELVERDIER, laboureurs syndics, nommés pour faire ladite levée, lesquels n'ont signé pour ne savoir On peut supposer toutefois qu'ils savaient parfaitement compter! Ce texte a été fait à Sarlat le 10 janvier 1715 et signé par Gérard.
La côte la plus faible est d'un sol, la plus élevée de 42 livres 170 sols. Et seulement deux dépassent 40 livres. Les collecteurs sont tenus d'indiquer la qualité du contribuable, celle des métairies et le nombre des paires de bufs tenues à peine d'une amende de 25 livres si le rôle est mal écrit et d'imposer les particuliers par leur nom et surnom, ils doivent aussi porter au bas des rôles les noms des nobles, exempts et privilégiés, avec les causes d'exemption, les ecclésiastiques et les pauvres.
Mais nos syndics de FANLAC sont illettrés, ils ont confié la confection du rôle de taille de leur paroisse à quelque tabellion de village peu consciencieux, notaire, praticien ou clerc qui, pour 12 livres allouées au greffier, a bâclé une liste qui aurait pu si les instructions de 1684 avaient été appliquées coûter les 25 livres d'amende!
Le rôle de FANLAC ne mentionne que 3 meuniers,
un seul fermier et 12 métayers; aucun nom n'est suivi par la
mention de propriétaire; il n'est pas possible qu'il n'y ait eu
aucun petit artisan (forgeron, maréchal ferrant, tailleur,
soucher, tisserand, hôte ou marchand), aucun bordier ni
laboureur à bras; le nombre des métayers devait être plus
élevé; aucune paire de bufs n'est signalée; les noms des
privilégiés ou des exempts de taille est omis sur le rôle. La
taille dans l'élection de SARLAT devait être payée en ces
termes : "entre les mains des conseillers du roi, receveur
des tailles en l'élection dans le bureau de SARLAT. Le premier
terme est à partir du premier février; ensuite c'est le premier
avril et sans doute premier septembre et décembre.
Lorsque le taillable payait en premier pacte, le collecteur
syndic traçait dans la marge du rôle une courte barre, au
deuxième pacte une deuxième barre parallèle, au troisième
pacte, une barre verticale et au quatrième passage une seconde
barre verticale. Ce dessin en marge permet donc de savoir
rapidement qui s'est acquitté de la taille intégralement et qui
a eu des difficultés.
En 1703 seulement 63 personnes ont réussi à payer intégralement; 2 ont du s'y reprendre à cinq fois pour une somme pourtant modique de 15 sols; 4 n'ont payé que les ¾ (2 ont fait un versement supplémentaire, le troisième en a fait deux sans parvenir à se libérer complètement); 9 contribuables sont défaillants : un pauvre meunier ne peut pas payer 27 sols, une veuve en doit deux et Girou MAIGNE 1.
Plus on est pauvre, plus il est difficile de trouver cet argent. Ainsi Pierre CASTANYEROL, le dernier imposé du rôle de 1715 n'a pas encore fini de payer 1713.
On peut alors se demander pourquoi on impose ces gens qui visiblement ne peuvent s'acquitter de leur dette. C'est parce que la plupart des propriétaires se déchargent de la taille sur leurs métayers par contrat; l'argent étant avancé par le propriétaire qui en retient le montant à la fin de l'année sur le solde des cultures. Les métayers de FANLAC payent en fonction du nombre de paire de bufs environ 15 livres par paire. On peut ainsi en conclure le nombre : 5 métayers sur 12 en possèderaient 2 paires ce qui semble normal pour les deux métayers du seigneur de RASTIGNAC au SABLOU.
Le terroir de FANLAC est ingrat (l'enquête de Cyprien BRARD le confirme au début du XIX° siècle) avec des vallons sujets à la gelée et les bois qui le cernent. Les grandes gelées de 1709 ont ruiné les bois les noyers et les vignes. Or la base de l'alimentation avec les raves et le pain était la châtaigne. Le paysan trouvait un peu d'argent dans la vent de l'huile de noix, du vin, du feuillard; les animaux alors mal nourris apportent peu de profit. Tout cela explique les difficultés à payer.
Certes les prix augmentant au XVIII° siècle, mais la barrique de vin ne vaut que 8 livres en Périgord en 1730; il faut 12 barriques pour faire une pièce d'eau de vie qui se vend 66 livres. Qui en 1715 pourrait vendre à FANLAC 2 ou 3 barriques pour payer sa taille?
Trois moulins existaient alors : la VEYSSIERE, COULONGES ou le SABLOU, aujourd'hui disparu, sur le THONAC et celui l'AUBEROCHE sur un de ses affluents. Aucun de ces trois meuniers n'est propriétaire, or celui de La VEYSSIERE au sieur de la JAYE paye 10 livres 10 sols; celui du seigneur de RASTIGNAC au SABLOU 17 livres 18 sols; quant à Jean AUBERT, meunier d'AUBEROCHE, il ne peut payer les 27 sols qui lui sont imposés. Aussi les porteurs de contrainte se dirigent-ils vers FANLAC. Il faudra donc payer en plus les commissaires et leurs archers. Fanlac les voit arriver le 26 février 1726. Le commissaire s'appelle CASTELS et demande pour ses frais de logement 10 livres 10 sols pour cinq jours de logement : 29 noms ont été contrôlés, 6 n'ont pas payé.
Le même phénomène se reproduira pour le terme suivant. Pour permettre de payer, on impose des billets de logement. Mais cela peut se retourner contre les habitants qui accueillent : ainsi Pierre BRIDAT, sieur de la Barrière et ses métayers qui ont "trop bien soigné CASTELS et son détachement" ont l'honneur de les héberger de nouveau.
L'année 1726 se terminera sans que 7 taillables puissent s'acquitter de leur dette. On retrouve parmi eux toujours ce métayer du seigneur de CHABANS, Jean FAURE que la misère paraît poursuivre avec autant d'acharnement que les exempts et leurs archers.
Le rôle de 1715 et les pièces de 1716 ont été découvertes au presbytère de FANLAC et étudiées en 1943 par Marcel SECONDAT.
D'ordinaire, ce type de document se retrouve plutôt dans les actes notariés.
Bilan du recensement des conscrits de 1812 à 1872.
Ce travail ne concerne évidemment que les garçons; il et établi avec les noms des parents, le lieu de naissance et les différentes professions.
Certains demandent à être exemptés, mais relativement peu. Pourtant il faut se rappeler que le service, par tirage d'un bon ou d'un mauvais numéro dure alors cinq ans.
A partir de ce tableau on peut en tirer l'état physique de la population : l'habitant de Fanlac est plutôt petit : de très nombreux refusés pour défaut de taille : André Deljary 1,56m; Pierre Bouyrand 1,525m; ou Guillaume Lacombe. Ce même défaut n'en est d'ailleurs plus un en période de guerre puisque Jean Delbousquet est déclaré bon pour le service avec 1,52m en 1812.
D'autres ont les pieds plats : mais là aussi suivant les périodes on est "bon" ou "exempté" : Pierre Lafond par exemple.
Il est ) noter la fréquence des goitres et de la faible constitution : Bernard Toinaud, Jean Aubarbier sont goitreux tandis que Pierre Aubarbier a des palpitations de cur, Guillaume Moulinier est de faible constitution et Mathias Combesque est poitrinaire.
On peut remarquer que tous ces garçons sont cultivateurs, sans doute de condition modeste, avec une vie particulièrement difficile.
D'autres exemptions sont plus classiques : Pierre Aubarbier étant instituteur est exempté car "voué à l'enseignement", Pierre Michel n'est pas retenu car son frère est gendarme en activité dans la compagnie de la Dordogne, Pierre Devayreix est étudiant ecclésiastique et Jean Rigton s'est marié
Mais l'homme qui m'a posé un véritable problème a été Pierre Darchand. Ce garçon était forgeron, rien que de très naturel, mais son exemption demandée et acceptée le précisait "layneux". Après avoir appelé au secours les employés des Archives sans résultat qu'une plus grande perplexité encore, le dictionnaire du français ancien m'a apporté la réponse avec le charme du dictionnaire : LAYNEUX voir laineux (ça avance!); changement de page : laineux : qui a l'aspect de la laine; deuxième sens qui reste coi, qui ne parle pas. C'est sans doute ce dernier sens qui est le bon, il devait être muet sans être sourd ou bien avait-il une forme d'autisme qui l'empêchait de communiquer.
Pour conclure, je vous dirai que j'ai eu beaucoup de plaisir à faire ces recherches sur FANLAC, peut-être parce que j'ai une goutte de sang de ce village, seulement une goutte puisque ces origines remontent aux années 1170-1180, époque où selon une version discutable sans doute, puisque non unique, un de mes aïeux de la 26° génération serait venu ici chercher épouse : il s'appelait Bertran de Born, elle s'appelait Raimonda; ils furent sans doute très heureux puisqu'ils eurent plusieurs enfants et filles comme on disait à l'époque. Parmi celles-ci se trouve mon aïeule Emeline. Voilà donc pourquoi je ne me sens pas étrangères ici, car si "grand-père" Bertran se disait "poète limousi", moi je me sens très Périgord.
Documents :Paroisses et communes de France CNRS
Revue de la SHAP Rôle des tailles par Marcel Secondat
Châteaux du Périgord de Jean Secret
Histoire du Périgord de l'abbé Brugère
Registre d'Etat-Civil